Elise Morilhat

Nature morte à l’Anémone, 2009.

Il s’agit toujours pour moi de représenter et convoquer deux réalités différentes dans le même espace-temps : celle d’un monde visible, cartésien, fini, signifié, au temps linéaire et consécutif ; et, celle d’un monde sensible, invisible, singulier mais multiple, au temps cyclique ou élastique. Deux mondes qui ont pour clé de voûte le symbole et m’amènent à utiliser le tissu et le papier comme une peau fabriquée. Il est question de détendre le tissage du masculin et du féminin pour en percevoir la trame, la toile.

A travers dessins, objets et installations, j’interroge la perception dans son lien au fantasme et à la mémoire. Je suis artiste-plasticienne mais aussi scénographe, aussi pour questionner l’implication de ces processus, dans la fabrication de nos représentations et de notre rapport au monde, je conçois des «dispositifs de distanciation» :

« Chez Louise » désigne l’ensemble de dessins-objets qui constituent un territoire en expansion ; selon une propagation lente, les dessins schématiques envahissent progressivement une maison fictive.
Les motifs des éléments qui la composent fonctionnent comme des leurres. L’illusion qu’ils provoquent est fugace et disparaît au fur et à mesure que le visiteur s’en approche. Chaque installation propose d’activer des mémoires, de générer des projections mentales et d’en donner une métaphore visuelle.

Le système apparaît en filigrane dans tout mon travail : que ce soit, dans les procédures d’élaboration des motifs, l’exécution des coloriages ou comme élément structurel des objets jouables. Ce sont les règles des jeux de plateau, passe-temps, et installations participatives qui induisent la forme des objets et leurs modes d’expérimentation. Elles installent les conditions d’une perception distanciée.

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